La guerre du Vietnam n’aura pas lieu
20.04.20
« Je n’ai pas beaucoup de temps, je dois charrier des cadavres de droite à gauche. Je n’ai pas beaucoup de temps, je dois respirer, manger, boire, manger. Je n’ai pas beaucoup de temps, je suis en train de vivre. Je n’ai pas beaucoup de temps, je suis en train de mourir.»
Roberto Bolaño, 2666
1963
Delta du Mékong
Vietnam
Premier vol
« Ils commettent toujours les mêmes erreurs. » Cette phrase, le lieutenant colonel John Paul Vann l’avait déjà prononcée, mais pas comme je l’entendais habituellement. Depuis que le Bird Dog avait décollé, cabré dans un siège qu’il s’était lui-même fait installer, il indiquait au pilote la meilleure altitude possible, dans une lumière de plus en plus rougeâtre à l’intérieur de l’étroit cockpit, observant le début des opérations, retirant ses lunettes teintées pour coller contre ses yeux les jumelles puis, comme un réflexe d’ancien pilote de chasse, remettant ses lunettes sur son nez tordu. Geste qu’il répétait machinalement avec les jurons habituels, tout en lâchant « ils commettent toujours les mêmes erreurs », mais prononcé autrement que s’il parlait au général Harkins ou à son second, le capitaine Scanlon, autrement que comme un fait après une bataille, cette fois-ci prononcé pour que ça n’arrive pas : prononcé, aurait-on dit, pour conjurer un sort.