Les pierres ne se meurent pas
Phantasia I
Conception et mise en scène : Vincent Coppey
La figure académique : Zina Balmer
La figure catholique : Pierandré Boo
La figure forestière : Vincent Coppey
Le musicien : Pierre Omer et son accordéon
Et… Le garçon qu’on ne connaît pas
Scénographie : Catherine Nussbaumer
Sonorisation : Mathias Noverraz
Lumière et régie : Nieth
Conseillère artistique : Anne-Maud Meyer
Problèmes de traduction : Martin Kaspar
Avec la collaboration du sculpteur Zaric
Remerciements : La Parfumerie de Genève, Arindo de Freitas et son restaurant “le café du cinéma”, Alain Schwery, Pascal Grava, Abdoul, Jan Molnar
Sur ton étonnement de posséder
Le monde autrement que
La pierre posée devant toi
Vous êtes assis dans votre cuisine; vous vous affairez sur le carrelage blanc; vous n’avez de cesse que de couper, éplucher, apprêter: remettez tout en doute. Vous butez contre une pierre; vous vous rappelez votre chien empêtré dans un fourré: voyez comme vous connaissez ces choses. N’avez-vous jamais le sentiment que tout vous est terriblement familier? Alors entrez dans la promenade. Ici, pas de solution pratique, rien d’efficace à emporter chez soi, aucun mot qui ne vous échappe pas. Ce n’est pas ce soir que le phénomène du monde sera mis à jour. Mais un lieu/un lieu s’il y a quelque chose à conquérir.
Extrait 1
Une pierre ne peut pas être morte parce qu’elle ne vit pas. […] Nous avons entendu ceci : l’homme n’est pas qu’un fragment du monde, il est aussi maître et serviteur de ce monde, en ce sens qu’il l’« a ». l’homme a le monde. […]
Extrait 2
Et bien, m’est apparu plus qu’un fait divers le geste d’une pauvreté archaïque. 2 kilos 500 pour couper l’ennui ; une géométrie de la mort. Je ne prétends pas ne pas avoir conscience parfois de ma propre pauvreté et, par conséquent, de vouloir, dans une moindre mesure, mieux/posséder/enfin/embrasser le monde. Voilà, je voyais une bande qui désirait, mais de façon archaïque, se découvrir humaine, mais qui, résolument, restait enfermée comme dans un tuyau dans la pauvreté de l’animal. Entre les lignes de l’annonce du fait divers, il est écrit que devant le cadavre de la jeune femme leur désarroi était grand parce que c’est avant tout l’ennui qu’ils voulaient faire mourir. Ils ont longuement regardé sans pouvoir détourner le regard. Quelque chose surgissait en eux. Leur propre étonnement ne les anéantissait pas mais les laissait stupéfait et immobiles. Leur propre mort surgissait en eux et plus incompréhensible encore, ce qui surgissait là, à ce moment, avait anéanti l’ennui qui les accompagnait depuis toujours.
Extrait 3
18 _ Ca peut aussi arriver dans sa baignoire. Pour entendre il faut une voix. La lecture pour soi ne suffit pas. Est-ce que tout le monde sait ça ? Un soir, j’ai lu à haute voix, le corps plongé dans l’eau bouillante de la baignoire. Au coeur de l’hiver mon corps avait chaud. Et les paroles contre le carrelage jaunies de la salle de bain me donnaient nettement la sensation d’un tout. Parce que mon corps n’était plus exclusivement le mien. Il devint ce « tout corps plongé dans un liquide » qui subit une pression égale à… – au poids des mots ainsi répercutés, ai-je envie de dire.
Vincent Coppey, Cinquante-quatre nuisances sonores avant d’entrer en scène, projet pour une publication de Maya Bösch, On Sound 3/4.