Le Cogitoscope
Espace discursif de philosophie pratique
Episode 1 : À force d’identité
Conception, écriture et jeu : Vincent Coppey et Jean-Louis Johannides
Avec: Fiamma Camesi
Cie Fatum en collaboration avec la Cie En déroute
Le 14 juin 2017, à Londres, la tour Grenfell s’est embraséée. L’absence de conformité aux normes de sécurité des matériaux de construction est la raison pour laquelle cette tour de 24 étages est devenue en torche en quelques minutes. Elle abritait des logements sociaux, occupés par des personnes de communautés culturelles variées. C’est ainsi que cet événement nous amène à l’identité. Et Londres, à John Locke, l’anglo-saxon, le philosophe de la personal identity. Par conséquent, c’est avec le feu, les cendres et la perte de la mémoire que nous avons voulu entamer la série des Cogitoscopes. Car sur le plateau, un homme couché sur une table de dissection, se lève. Mais il ne se connait plus. D’où vient-il? Qui est-il? Une enquête est menée, Peut-être a-t-il été retrouvé sous un frêne, installé pour une sieste, évanoui mais rescapé, non loin du brasier. Sur un sol en damiers noir et blanc, les acteurs semblent faire une expérience avec l’altérité. Ils changent de personnalité, ils entrent dans des boucles comme s’ils tournaient autour d’un concept philosophique pour en faire l’expérience. Tout au long du spectacle, une forme non identifiable se meut; devient peu à peu une personne qui ressemble à Sharon Stone. Enfin, le rescapé se recouche pour mourir (à nouveau?) Dieu, qui est partout en même temps, dit-on, s’invite peut-être sur un plateau de théâtre.
Une trajectoire philosophique se dessine dans cette enquête: de Descartes et la substance à Locke et l’identité personnelle; ou de l’individu pensé dans le champ de la métaphysique à l’individu inclus dans le champs juridique; ou de « Je pense donc je suis » à « Je suis ce que je suis ».
H2 – Tu sais il y a encore cette odeur très âcre, cette odeur des choses calcinées … c’est vraiment étrange cette sensation que j’ai, cette sensation d’être déplacé de moi-même, retiré de moi-même, comme si on avait enlevé des pièces ou alors changé l’ordre… mais c’est ça, tu as changé l’ordre des pièces ici, non, tu n’as rien changé …? c’est peut-être ces poils qu’ils ont enlevés, du plexus au pubis… pourtant, je suis bien le même… non ? si je me regarde dans le miroir…
H1 – Oui… mais tu as fait une sieste… c’est quand tu dors... quand tu dors tu n’es plus le même… tu dis des choses, des choses bizarres… un peu sales, un peu moche tu vois, pas du tout toi éveillé… j’aurais pu mal le prendre tout ce que tu as dis en dormant… vraiment mal le prendre… mais, je vois bien que ce n’est pas toi, ce n’est pas toi qui dis toutes ces choses horribles. C’est comme si un autre… un autre pendant le sommeil, prenait la place… oui, c’est ça comme si tu t’étais fait passer devant par un autre… attends… laisse-moi te regarder. Oui, c’est vrai, il y a quelque chose qui a changé. Je ne sais pas quoi, mais, oui, c’est vraiment étrange. Je ne te reconnais pas tout à fait, c’est bien toi, mais toi-autre… Bouge un peu; marche un peu pour voir… parle, dis quelque chose.