Le Cogitoscope
Espace discursif de philosophie pratique

Episode 3 : Dire des conneries

Conception, écriture et jeu : Vincent Coppey et Jean-Louis Johannides

Cie Fatum en collaboration avec la Cie En déroute

Y a-t-il des égards à avoir pour les faits ? Mais qu’est-ce que cela m’apporterait de décrire ce truc correctement ? Et si nous nous en foutions ? Et si la plupart d’entre nous s’en foutaient de parler de ce qu’ils ne connaissent pas ? Chacun a le droit de s’exprimer, c’est ça la démocratie. Qu’avons-nous à perdre ? – La réalité ? Perdre la réalité, ça peut vouloir dire quelque chose ? Alors je devrais me limiter à ce que je suis en mesure de décrire ? Par égard pour les faits ? Quelqu’un me dit que j’ai des égards à avoir pour ce que j’aime. C’est évident pour tout le monde. Et pour le reste ? Non seulement pour ce que je déteste, mais pour le reste muet qui se déroule sous mes yeux, qui ne m’apporte aucun avantage ? Des égards, ne serait-ce que parce ce que ça a lieu… 

Dans cet épisode, nous avons comme point de départ une contrainte scénographique: partir d’un plateau vide.

Cette contrainte stimulante a mis en évidence deux évènements: les spectateurs qui entrent dans la salle; le langage. De telle manière que pour aborder ce que l’actualité appelle les fake news et qui relève d’un déficit de l’exactitude, une intrigue commence par le danger qu’il y aurait à entrer dans une salle de spectacle.

Identité(s) 4

V – mais ceci est jaune. Ceci est jaune. JL – Quand tu dis « ceci est jaune », tu désignes le plancher « ceci est jaune » mais tu désignes aussi la couleur, cette couleur est jaune. V – Lorsque j’ai dit ceci est jaune, je voulais dire le plancher ; le plancher est jaune. Mais tu as raison, ceci peut tout autant vouloir dire cette couleur est jaune. Alors que tu as parlé d’un cercle ROUGE… JL – Oui, rouge, rouge pour signifier un danger, une urgence … un effondrement… ça va s’effondrer. V – Mais tout à l’heure, quand les spectateurs sont entrés à la suite du premier spectateur, tu n’avais pas ce plan en tête. TU NE T’EN ES SOUVENU QU’APRES COUP – par le fait peut-être que nous en parlions. Et ce temps, assez long, durant lequel cette foule est entrée, n’a pas dû être agréable pour toi. Tu as certainement dû être inquiet. JL – Non, ça n’était pas agréable… V – Et je peux voir de l’inquiétude encore maintenant. Je peux la lire sur ton visage, une position de la bouche, les paupières qui tombent. Une certaine position du corps. Je te connais un peu. JL – Oui en effet je me sens comme un hamster, qui cherchant une issue, n’arrête pas de courir courir dans une roue … V – Cette image t’appartient. Car savoir ce que ressent un hamster qui cherche une issue… c’est difficile… difficile.